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Écrit par Pascal Neyman, Chef de corps   
18-02-2010

 CDP Neyman     Cher Internaute, bonjour, 

 A l'heure où la Belgique et Haïti connaît ses drames, il serait inconvenant de se plaindre. Toutes nos pensées vont vers ces familles endeuillées, isolées, perdues, disparues. Ces catastrophes sont avant tout des drames humains. Il est évident de constater que devant de telles détresses humaines, nos problèmes apparaissent comme des futilités.

Pourtant,  notre rôle en tant que service de police est de continuer à répondre aux attentes de la population. Je lisais encore ce matin le compte-rendu d'une de nos interventions.

Une dame a été trouvée chez elle, seule, appelant à l'aide. Quand nos policiers aidés des pompiers ont pénétré dans l'habitation, ils ont été mis face à la misère humaine: des déjections sur le sol, des déchets partout, un état de délabrement général, une saleté repoussante. La dame était perdue, ayant quitté son travail quelques mois plus tôt et ayant vu son salaire, confortable au départ, diminué des trois quarts.

Que faire devant une telle situation? Prendre en charge la dame. Mais pour combien de temps? 

 

Voilà une mission (trop) fréquente des policiers. Une mission qui demande du temps car la dimension humaine n'est pas à négliger. C'est pourtant une équipe d'intervention, généralement appelée sur un nombre conséquent de faits requérant l'urgence, qui a dû prendre le temps nécessaire.

Voilà typiquement une mission de police de proximité, différente de la mission plus connue, mais pourtant tout aussi indispensable, de l'agent de quartier. 

Voilà peut-être une mission que nos services ne pourront plus réaliser durant cette année 2010. Ces derniers temps, j'ai en effet dû expliquer aux autorités de la zone les difficultés auxquelles nous serons prochainement confrontés. Les missions à caractère fédéral qui nous arrivent de plus en plus alors que les appuis que nous recevions diminuent constamment mettent en péril le service que nous pouvons fournir aux citoyens de notre zone. 

Des lamentations? Non, je ne pense pas. Il est clair que chaque échelon de notre organisation et de nos autorités, fédérales ou locales, éprouvent des difficultés budgétaires. Mais les choix faits d'un côté doivent-ils être posés au détriment de l'autre? C'est pourtant ainsi que les choix sont faits pour le moment. Les instances fédérales, pour pallier leurs difficultés budgétaires, font des choix de restrictions budgétaires à leur niveau. Mais qui exécutera les missions qu'elles n'exécutent plus?  La réponse est souvent: la police locale, la seule qui est confrontée aux besoins réels de la population et qui n'a pas d'autres choix que d'y répondre. Pourquoi le citoyen devrait-il pâtir de ces choix?

Un signal d'alarme, voilà ce que nous voulions actionner pour les prochains mois. Lorsque nous serons occupés sur un procès tel que la Cour d'Assises pour MM Habran et consorts, vous vous demanderez certainement  où nous sommes. La réponse, je vous la donne: nous serons occupés à exécuter une mission qui n'a rien à voir avec les besoins des citoyens de notre zone. Nous l'exécuterons parce que nous n'avons pas le choix. Nous l'exécuterons parce que notre conscience professionnelle nous y oblige. Mais avons-nous raison? 

 

Bonne lecture

Commissaire divisionnaire Pascal Neyman
Chef de corps

 
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