|
Lors des débuts d’une relation amoureuse, les partenaires sont sur leur petit nuage de bonheur et répondre aux attentes de l’autre ne leur demande pas ou peu d’effort. Ils ont l’espoir de construire un couple qui réponde à l’idée qu’ils en ont et qui leur apporte ce qu’ils en attendent.
Malheureusement de nombreux couples s’installe dans une relation qui laisse peu d’espace de liberté et où celui-ci diminue au fil du temps. Les partenaires ayant peu d’estime d’eux-mêmes en arrivent à une telle peur de perdre l’autre qu’ils mettent en place des stratégies visant à maintenir l’autre sous sa domination. Ces auteurs de violences sont incapables d’accepter les différences de leur partenaire, ce qui les amène à faire pression pour qu’il ou elle adopte leur façon d’être, se plie à leurs exigences et répondent à leurs besoins. S’installe alors au sein du couple de la violence conjugale qui se définit comme suit : « Les violences dans les relations intimes sont un ensemble de comportements, d’actes, d’attitudes de l’un des partenaires ou ex-partenaires qui visent à contrôler et dominer l’autre. Elles comprennent les agressions, les menaces ou les contraintes verbales, physiques, sexuelles, économiques, répétées ou amenée à se répéter portant atteinte à l’intégrité de l’autre et même à son intégration socioprofessionnelle ». Selon le modèle du Processus de Domination Conjugale (PDC) , le conjoint dominant utilise à répétition une diversité de stratégies de contrôle pour installer, consolider et rétablir sa position de dominant : - Par les stratégies de tension le dominant tente d’amener la victime à se centrer sur sa personne. Il la décentre de ses propres besoins pour la centrer sur les siens. Par sa simple présence il crée un climat de menace diffuse de manière à induire un contexte d’insécurité. Lorsque ces stratégies réussissent la victime développe de l’hypervigilance par rapport aux attentes implicites et explicites du dominant.
- Par les stratégies d’agression le dominant veut démontrer sa position de dominant par l’usage abusif de son pouvoir de contraindre l’autre. Les agressions peuvent être psychologiques (cris, insultes, menaces, …) et/ou sexuelle (imposer à l’autre une relation ou des pratiques sexuelles non désirés) et/ou physique (donner des coups, empoigner, secouer, pousser,…).
- Par les stratégies de contrôle social et économique le dominant veut miner l’autonomie de la victime. Il essaye ici de l’isoler de toutes les manières possibles. Cela peut être en l’incitant à arrêter de travailler afin qu’elle dépende totalement de lui financièrement, l’empêcher de reprendre une formation, subtilement l’amener à couper les liens avec ses amis et sa famille, …
- Les stratégies de dénégation visent à stabiliser la position dominante en niant ou en minimisant le rapport de domination et ses conséquences. Ces stratégies visent à induire des distorsions dans l’interprétation de la réalité afin que la victime en arrive à douter de ses perceptions.
Par les stratégies d’attrition le dominant tente de maintenir et consolider sa position en amenant la victimes et les réseaux à percevoir des possibilités de changements positifs dans la relation de domination. Ces stratégies amènent la victime et les réseaux sociaux à croire que le dominant éprouve de réels regrets et que la relation peut revenir à une base sécuritaire. - Les stratégies de justification visent à stabiliser la position dominante en légitimant l’abus de pouvoir. Pour que ces justifications soient efficaces, elles doivent « faire sens » pour la victime, le dominant et les réseaux de protection sociale (entourage immédiat, intervenants sociaux, communauté religieuse, la législation, les structures économiques et sociales,…). Les stratégies de justification de nature reposent sur les caractéristiques liées au sexe qui favorisent le dominant au détriment de la victime. Les justifications de genre reposent sur une distribution stéréotypée des rôles sexuels. Ex : c’est normal que je m’énerve, c’est ma femme et elle n’est même pas foutue de me faire à manger convenablement tous les soirs !! Les justifications de système reposent sur des prérogatives accordées au dominant par des institutions sociales, religieuses, politiques, … Les justifications de provocation reposent sur la responsabilité de la victime qui a induit le comportement (« c’est de ta faute, tu l’as bien cherché, tu n’avais pas à faire ou à me dire cela »). Les justifications de récusation reposent sur la non-crédibilité de la victime. Ex : « Non mais de toute façon, elle boit tellement qu’elle ne sait pas ce qu’elle dit ». « Vous voyer regardez, elle s’énerve, elle est dans tout ces états, moi qui suis calme, je voulais avoir une discussion constructive et posée et c’est absolument impossible, c’est une vraie furie ». La justification de victimisation repose sur des facteurs qui sont en dehors du pouvoir et du contrôle du dominant, faisant de lui la « victime » des circonstances. Ex : « Je sais, j’ai vraiment été trop loin mais je n’y peut rien, c’est à cause de toute la pression qu’on me met au boulot, … ».
- Par les stratégies de réconciliation le dominant tente de maintenir et consolider sa position dominante en re-centrant la victime sur les avantages de la relation sécurisante. Ex : « Je t’aime, je ne pourrais pas vivre sans toi, tu es tellement extraordinaire, je vais faire des efforts et on va se retrouver comme avant, tu verras,… »
De son côté, la victime se positionne en réponse aux différentes stratégies mises en place par l’auteur :
- Le positionnement de négation est le comportement de base le plus prégnant dans les relations de violence conjugale. A ce stade, la victime n’a pas conscience qu’elle en est une. Elle n’est donc pas en demande de manière directe mais peut être en souffrance émotionnelle car cette situation est lourde à porter et peut avoir des conséquences sur sa santé mentale et physique. Elle se sent mal mais elle ne sait pas pourquoi. Elle se dit que c’est normal, que c’est ça la vie de couple.
- Par son positionnement stratégique de subordination, la victime démontre au dominant qu’il n’a pas besoin d’abuser de sa position dominante. Cela ne suffit cependant pas toujours à stopper les stratégies de domination car il est impossible de satisfaire toujours tous les besoins de l’autre. Par ce comportement elle essaye de maintenir la relation dominante dans des « limites acceptable » et à obtenir les « avantages compensatoires ».
- La victime est en positionnement de survie quand dans le crise, en se défendant de l’agression ou en s’y soustrayant, elle tente d’assurer sa protection immédiate. Ce n’est pas pour autant qu’elle remet sa vie de couple en question. C’est le cas par ex d’une victime qui fuit dans une maison d’accueil mais retourne chez elle dès que la crise est passée.
- Par un positionnement stratégique de négociation, la victime tente par se positionnement d’amener le dominant à modifier ses comportements abusifs en posant des conditions à la poursuite de la relation. Par ex : la victime est d’accord de se réinvestir dans son couple à condition que le dominant arrête de boire.
- Dans le positionnement stratégique de contre-pouvoir, la victime veut reprendre du pouvoir sur sa vie, elle s’affirme, elle pense à elle et à ses besoins malgré les tentatives de domination. Ex : la victime se rend chez des amis alors que son conjoint ne voulait pas qu’elle s’y rende. Si elle est face à un dominant fort, qui ne supporte pas cette affirmation de soi, ce positionnement peut-être dangereux et vite mener à de la violence grave.
- Par le positionnement stratégique de résistance la victime tente de se positionner à l’extérieur de la dyade dominant-dominé. L’année qui suit la séparation est l’année de tous les dangers car il va tenter de la faire revenir sous sa domination en intensifiant les stratégies.
Avoir connaissance des différentes stratégies utilisées par le conjoint dominant et des positionnement du dominé permet à l’entourage au sens large (amis, famille mais aussi intervenants sociaux) d’invalider le comportement de l’auteur mais aussi de mieux comprendre la situation dans laquelle se trouve la victime et de la soutenir dans ce qu’elle vit.
Séverine Piret-Gérard Service d'assistance aux victimes (1) Définition adoptée par les gouvernements fédéral, communautaires et régionaux le 06/02/2006 (2) La Séjournelle inc. & l’Accord Mauricie inc. (Québec) Intervenir dans un Processus de Domination Conjugale |